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L’enquête des « Panama Papers »

Une enquête révèle ce qui pourrait être le plus grand scandale lié à l'évasion fiscale de tous les temps.

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Panama Papers: Un scandale d’ampleur internationale

Un consortium d’investigation a dévoilé le dimanche 3 avril 2016, ce qui semblerait être le plus grand scandale fiscale d’ampleur internationale: les « Panama Papers ». Impliquant de nombreuses personnalités, hommes politiques et grands dirigeants du monde entier seraient impliqués dans cette affaire de montages financiers dits « offshore ».

C’est le célèbre lanceur d’alerte Edward Snowden qui a, parmi les premiers, annoncé la publication de l’enquête dimanche 3 avril 2016:

Ce que l’on sait déjà 

Ce sont plus de 11,5 millions de documents issus des archives du bureau juridique Mossack Fonseca au Panama qui ont été révélés par plus de 370 journalistes coordonnés par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) dont le contenu a été remis au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung par un lanceur d’alerte anonyme.

Fondé en 1997, l’ICIJ n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il était à l’origine des révélations sur l’ « Offshore Leaks » (sur les paradis fiscaux), le « LuxLeaks » (un accord entre le Luxembourg et des multinationales pour payer moins d’impôts), ou encore le « SwissLeaks » (sur l’implication de la filiale suisse de la banque britannique HSBC dans l’évasion fiscale de certains clients).

Cette enquête, qui aura duré plus d’un an, a mis en lumière l’un des centres financiers les plus secrets du monde: le cabinet juridique panaméen Mossack Fonseca. Les documents des « Panama Papers » révèlent des chiffres hallucinants:

  • 214 000 entités offshore dans…
  • … 21 paradis fiscaux !
  • 200 pays et territoires concernés

Toutes les données datant de 1977 à 2005 en font la plus importante fuite du « data-journalisme » (type relativement récent de journalisme basé sur l’analyse de données).   

Mossack Fonseca

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Photo Rodrigo Arangua. AFP

Fondé il y a une trentaine d’années, le cabinet Mossack Fonseca s’est spécialisé dans la domiciliation de sociétés offshore. Les sociétés offshore (littéralement « en dehors de côtes » sont des sociétés internationales d’affaire qui n’exercent aucune réelle activité économique sur le territoire dans lequel elles sont enregistrées. Ces sociétés, généralement domiciliées dans des pays à la fiscalité très faible et aux règlementations souples, servent de ce que l’on pourrait appeler des « écrans » pour des activités exercées ailleurs.

Dans le cas des « Panama Papers », l’enquête révèle plusieurs éléments sur ces entités et leurs déclinaisons:

  • ouvrir un compte en banque: la grande majorité des sociétés enregistrées dans le cabinet Mossack Fonseca n’ont qu’un but, celui de pouvoir gérer un compte bancaire en passant par le nom de l’entreprise créée.
  • gérer des biens: au même titre que pour la gestion de compte, les sociétés offshore permettent d’acheter des biens tels que des maisons ou des yachts en utilisant le nom de la société.
  • rester dans l’ombre: les sociétés offshore permettent à des personnes au passé douteux ou des personnes frappées d’interdit bancaire de dissimuler leur identité tout en accédant à un large confort de gestions de leur bien

Interrogé depuis la divulgation de tous ces documents sur son rôle et ses responsabilités, le cabinet rejette la faute sur les intermédiaires (grandes banques, cabinets d’avocats, sociétés de gestion de fortune etc.).

Qui cette affaire concerne-t-elle ?

Même si la plupart des personnes concernées sont inconnues du grand public, l’enquête révèle l’implication de 12 chefs d’État (dont 6 toujours en activité), de plus de 128 hommes politiques et hauts fonctionnaires, 29 des 500 personnes plus riches du monde et environ 1000 ressortissants français. 

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Certains chiffres ont également émergé récemment faisant état de fichiers mentionnant les noms de 33 personnes ou organisations figurant sur la liste noire des États-Unis pour avoir entretenu des relations commerciales avec des barons des cartels de drogue mexicains, mais également avec des pays alors sous le coup de sanctions internationales comme la Corée du Nord ou l’Iran, ou encore avec le Hezbollah, considéré comme une organisation terroriste par Washington.

L’affaire des Panama Papers aura déjà fait une première « victime ». En effet, le mardi 5 avril, ce sont des milliers d’islandais qui se sont retrouvés devant le siège du Parlement pour exiger la démission du chef du gouvernement.

Le célèbre groupe de hackers Anonymous a posté une vidéo du rassemblement:

Le premier ministre islandais Sigmundur David Gunnlaugsson, dont les fichiers ont révélé que lui et sa femme possèdent une société offshore aux Îles Vierges Britanniques (qui est un paradis fiscal comme le Panama), a donc annoncé son départ le même jour.

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